Femmes et intelligence artificielle en France : où en est la parité ?
En résumé
- En France, les femmes représentent 22 % des professionnels de l’intelligence artificielle, selon le Rapport sur la science 2021 de l’Unesco, cité lors du colloque du Sénat « Femmes et IA : briser les codes » du 7 mars 2024.
- Les femmes ne représentent que 25 % des diplômés de master informatique en France, selon l’Insee.
- Chez les lycéennes, la spécialité « numérique et sciences informatiques » (NSI) ne comptait que 14,6 % de filles en 2022, contre 40,6 % en spécialité mathématiques, selon les chiffres présentés au Sénat.
Vous voulez savoir où en est réellement la parité dans l’IA française, au-delà des discours : les chiffres disponibles montrent un secteur où le déséquilibre se construit tôt, dès le lycée, et se creuse à chaque étape du parcours scientifique jusqu’à l’entreprise.
Combien de femmes travaillent dans l’IA en France ?
C’est la question la plus directe, et la réponse chiffrée la plus fiable que nous ayons trouvée vient d’une source internationale reprise dans un cadre français officiel : selon le Rapport sur la science 2021 de l’Unesco, cité par le Sénat à l’occasion du colloque « Femmes et IA : briser les codes » organisé le 7 mars 2024 par la délégation aux droits des femmes, les femmes représentent 22 % des professionnels de l’intelligence artificielle en France.
Ce chiffre se lit en miroir d’un autre : selon la même source, les femmes représentent 33,3 % de la population mondiale des chercheurs en sciences, tous domaines confondus. L’IA se situe donc en retrait par rapport à la moyenne déjà insuffisante de l’ensemble de la recherche scientifique.
Où se joue le décrochage : au lycée, dans les études, ou en entreprise ?
Les données présentées au Sénat en mars 2024 permettent de repérer à quel moment du parcours l’écart se creuse. Chez les lycéens et lycéennes ayant choisi une spécialité scientifique en 2022 :
- 40,6 % des élèves de la spécialité mathématiques sont des filles ;
- 14,6 % des élèves de la spécialité numérique et sciences informatiques (NSI) sont des filles ;
- 13,6 % des élèves de la spécialité sciences de l’ingénieur sont des filles.
Le décrochage est donc déjà très marqué avant même l’entrée dans le supérieur : les filles choisissent les mathématiques presque à parité, mais désertent la spécialité numérique et informatique. Ce choix au lycée conditionne mécaniquement le vivier d’étudiantes en informatique quelques années plus tard.
Une fois dans le supérieur, l’écart se maintient plus qu’il ne se creuse : selon l’Insee, les femmes représentent 25 % des diplômés de master informatique, une proportion nettement inférieure à la moyenne de l’ensemble des masters universitaires (60 % de diplômées, tous domaines confondus, en 2022-2023), mais relativement stable par rapport au vivier de lycéennes en filière numérique quelques années plus tôt.
Ce déséquilibre est-il spécifique à la France ?
Non : c’est une tendance documentée à l’international, avec des ordres de grandeur comparables. Une étude BCG GAMMA de février 2020, menée auprès de 9 000 étudiants en filières scientifiques dans dix pays, montre que si les femmes représentent environ 35 % des étudiants en filières STEM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques) dans le monde, elles ne représentent que 15 % des data scientists en poste. L’étude identifie une cause récurrente chez les étudiantes interrogées : 75 % d’entre elles jugent le champ de la data science trop théorique, insuffisamment relié à un impact concret, ou marqué par une culture perçue comme trop compétitive.
Cette étude est internationale et ne permet pas d’isoler un chiffre franco-français équivalent pour les data scientists : nous la citons comme élément de comparaison, pas comme donnée nationale.
Que fait-on concrètement pour corriger ce déséquilibre ?
Plusieurs initiatives françaises s’attaquent spécifiquement au goulot d’étranglement identifié plus haut, celui de l’orientation avant et pendant les études supérieures. Le collectif Femmes@Numérique fédère des actions de sensibilisation et de mentorat destinées aux collégiennes, lycéennes et étudiantes. Des associations comme Cyberelles, fondée par des pionnières du numérique en 2001, proposent un réseau d’entraide entre professionnelles du secteur.
Sur le terrain de l’insertion professionnelle, notre portrait de Joséphine Goube, fondatrice de l’association Sistech, montre comment des femmes réfugiées peuvent accéder directement à des métiers techniques du numérique via des formations courtes, sans passer par un master informatique classique : une voie d’entrée alternative à ce déséquilibre observé dans l’enseignement supérieur.
Quels parcours individuels illustrent ce panorama ?
Les chiffres ci-dessus décrivent une moyenne. Certains parcours s’en écartent nettement : c’est le cas d’Athénaïs Oslati, qui a fondé Ontbo, une entreprise française d’IA cognitive, après un parcours atypique entre médecine, électronique et ingénierie mécanique. Notre article dédié détaille pourquoi seulement 25 % des étudiantes choisissent un master informatique et ce que ce chiffre recouvre concrètement.
Le déséquilibre se retrouve aussi à la direction des entreprises technologiques au sens large : notre analyse des chiffres sur les femmes CEO dans la tech française montre un phénomène comparable, avec seulement 5 % de femmes CEO dans le French Tech 120.
| Indicateur | Valeur | Source | Date |
|---|---|---|---|
| Femmes parmi les professionnels de l’IA (France) | 22 % | Unesco, Rapport sur la science 2021, cité au Sénat | Mars 2024 |
| Femmes parmi les chercheurs en sciences (monde) | 33,3 % | Unesco, Rapport sur la science 2021, cité au Sénat | Mars 2024 |
| Filles en spécialité NSI au lycée | 14,6 % | Délégation aux droits des femmes, Sénat | 2022 |
| Filles en spécialité mathématiques au lycée | 40,6 % | Délégation aux droits des femmes, Sénat | 2022 |
| Femmes diplômées de master informatique (France) | 25 % | Insee | 2022-2023 |
| Femmes parmi les data scientists (monde) | 15 % | BCG GAMMA | Février 2020 |
Note de source : chiffres relevés le 20 août 2026 sur les pages citées ci-dessus. Les données Sénat/Unesco et Insee portent sur la France ; la donnée BCG GAMMA est internationale et sert de point de comparaison, pas de chiffre franco-français. Prochain relevé prévu : mars 2027, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, moment où ce type d’étude est le plus souvent republié ou actualisé.
Questions fréquentes
Existe-t-il un chiffre officiel sur la part de femmes qui travaillent spécifiquement dans l’IA en France ?
Le chiffre le plus fiable identifié est celui du Rapport sur la science 2021 de l’Unesco (22 % de femmes parmi les professionnels de l’IA en France), reformulé lors du colloque du Sénat du 7 mars 2024. Il n’existe pas, à notre connaissance, de recensement français annuel dédié spécifiquement aux seuls métiers de l’IA (par opposition au numérique au sens large).
Pourquoi si peu de filles choisissent la spécialité NSI au lycée ?
Les données présentées au Sénat en mars 2024 documentent le chiffre (14,6 % de filles en NSI en 2022) sans en détailler les causes précises dans les chiffres eux-mêmes ; les travaux cités lors du colloque évoquent des mécanismes de stéréotypes de genre dans l’orientation scolaire, sans qu’un chiffre isolé permette d’attribuer une part précise à chaque cause.
Le déséquilibre est-il pire en IA que dans le reste du numérique ?
Les chiffres disponibles (22 % de femmes dans l’IA contre 26,9 % dans l’ensemble des métiers du numérique, selon Femmes@Numérique 2023) suggèrent un écart légèrement plus marqué en IA, mais les deux mesures viennent de méthodologies et d’années différentes : la comparaison doit être lue avec prudence.
Où trouver des parcours concrets de femmes dans l’IA en France ?
Voir notre portrait d’Athénaïs Oslati, fondatrice d’Ontbo.
Ce que nous ne pouvons pas vous dire
Nous n’avons pas trouvé de recensement français annuel et officiel isolant spécifiquement les métiers de l’intelligence artificielle (par opposition aux métiers du numérique au sens large). Le chiffre de 22 % vient d’un rapport international (Unesco 2021) cité dans un cadre français, ce qui en fait la meilleure source disponible identifiée, mais pas un recensement français natif. Nous ne pouvons pas non plus dater précisément une évolution année par année de ce chiffre, faute de série longue publiée.
Sources et méthode
- Sénat, colloque Femmes et IA : briser les codes, délégation aux droits des femmes, 7 mars 2024 (senat.fr), citant le Rapport sur la science 2021 de l’Unesco.
- Insee, Enseignement supérieur, femmes et hommes : l’égalité en question (insee.fr/fr/statistiques/6047727).
- BCG GAMMA, What’s Keeping Women out of Data Science?, février 2020.
- Femmes@Numérique, chiffres 2023 relayés par Maddyness, 2 mars 2023.
Pour en savoir plus sur notre manière de vérifier et dater chaque chiffre publié sur Elle Digitalise, consultez notre page méthode (à venir).